Ce weekend, j'étais en off total avec des amis. Des amis de longue date que je n'avais pas vus depuis longtemps, mais surtout j'étais complètement déconnecté du travail et du bénévolat. Pas un coup d'œil aux mails, pas de "juste vérifier un truc rapidement", pas de groupe WhatsApp. Quelques jours sans la todo list mentale. Et à la réouverture de l'ordinateur lundi, j'avais des idées claires sur comment repartir, et surtout encore plus de motivation.
C'est pas anodin. C'est même crucial. Et j'ai mis longtemps à le comprendre.
Quand tu découvres que le dimanche existe
Quand tu passes freelance, personne ne vient te dire "prends une pause". Pas de collègue qui te crie "on se fait un café ?", pas de structure externe qui force l'arrêt. Il y a juste toi, ton ordinateur, et une liste de tâches qui ne raccourcit jamais.
Et d'une certaine façon, ça paraît plus efficient : zéro interruption, zéro social, juste la productivité. Sauf que c'est faux.
Pendant longtemps, j'ai pas vu les dimanches. Vraiment pas vu, j'ai maintenant un calendrier papier où je marque les jours pour ne plus me perdre dans la semaine. Dimanche, jour férié ? Une matinée, une après-midi, un soir, comme les autres. Sauf quand tu vas faire tes courses et que le dehors te rappelle à la réalité. Une semaine pouvait facilement devenir 10 jours de travail. J'ai déjà réussi à ajouter un horaire de fin de journée, mais c'est moi qui ai dû l'ajouter manuellement.
Le résultat : beaucoup de code, zéro satisfaction. Des projets, pas une seule journée où je pensais vraiment avoir avancé sur quelque chose.
Les niveaux de pause
La vraie différence entre le télétravail d'avant et le freelance en solo, c'est qu'avant il y avait un collectif qui structurait les pauses sans qu'on y pense. Un message Slack, une blague, quelqu'un qui sort à 18h et ça force les autres à suivre. Ici, il n'y a rien. C'est toi qui dois tout créer.
Donc il faut structurer volontairement, à plusieurs niveaux :
Les pauses intra-journée. 50 min de travail, 10 min d'arrêt réel. Pas de "je reste juste 5 minutes de plus", pas de "je regarde un truc pendant la pause". Arrêt complet. Une marche, un café, dehors si le temps le permet. C'est pas de la procrastination, le mouvement aère le corps et le cerveau. Après, il faut trouver ce qui marche pour chacun. Il y a la fameuse méthode Pomodoro, il existe même des vidéos ambiance minuteur sur cette méthode : https://youtu.be/PxIbwamsruc?si=ekzx-meZJazS4-FR.
Le dimanche est un jour off. Complètement. Pas de backlog review, pas de "on réfléchit au projet en arrière-plan". Le dimanche, c'est pour récupérer de la semaine précédente et ne pas anticiper la suivante. Ça peut être un jour dédié à autre chose, mais ne pas le transformer en journée de travail. Pour ma part, c'est ménage, podcast et running dehors, avec du temps de lecture en fin de journée.
Les jours fériés existent aussi pour les freelances. Ça paraît bête à dire. Pourtant, j'en connais qui bossaient Noël parce que "c'est un jour comme les autres". C'est faux. C'est un jour où les clients ne peuvent pas te joindre. Autant en profiter vraiment.
Une vraie semaine de vacances par trimestre minimum. Pas "je travaille un peu en vacances", zéro travail. Une vraie déconnexion. L'idée, c'est pas tant le repos physique, c'est le repos mental. Et ça s'évalue pas en jours linéaires, mais à : "est-ce que j'ai pensé à un projet professionnel pendant ces jours ?"
La cafetière était plus importante que le code
Mon premier stage en informatique, c'était à la DDE : la Direction Départementale de l'Équipement. En 2006, 2007 à peu près. Un bureau sans prétention, des gens qui maintenaient des systèmes depuis des années, des vrais professionnels, pas du show. Et la chose la plus importante du bureau, c'était la cafetière, le premier truc qu'on te montrait, comment bien doser le café. Et ce n'était pas du bizutage de stagiaire, c'était la compétence qui va te servir toute la vie.
Ce n'était pas une cafetière pour la caféine, c'était une infrastructure de pause. À 10h, à 16h, parfois à 14h si c'était une mauvaise journée, tout le monde se levait. Tu arrêtais ta tâche. Tu allais faire du café. Et en chemin, tu croisais les autres, tu parlais, tu sortais du truc sur lequel tu bossais depuis deux heures. À l'époque, il existait certains systèmes de tchat (IRC) mais réservés aux geeks, pas de Slack, pas de Teams. Donc les gens qui partaient au café allaient chercher les autres collègues à leur porte, et la pause commençait déjà là.
Le dicton de la DDE pour te faire venir à la pause du matin alors que tu venais de prendre ton petit-déjeuner était : "Pas trop vite le matin, sinon tu ne sauras pas quoi faire l'après-midi."
J'ai d'abord trouvé cette tradition très contreproductive, un cliché de fonctionnaire. Mais je l'ai vue dans d'autres structures privées et maintenant je sais qu'ils avaient raison.
Ils avaient raison parce que ce que j'observe, c'est qu'il y avait une hiérarchie plate. Le chef était là comme les autres, pas pour contrôler les pauses, c'était même lui le premier à relancer les conversations. Les gens se parlaient directement. Ça crée un contexte détendu et off où les pauses sont naturelles, presque obligatoires. Et ça marche, ça crée du lien sans payer un stage de cohésion d'équipe souvent nul.
Pourquoi ça change vraiment les choses
Le paradoxe du freelance en solo, c'est qu'on gagne du temps en supprimant les trajets, les réunions inutiles. Et on le perd en travaillant 60h par semaine. Aucun gain net.
Mais si tu réintroduis les pauses intentionnellement, tu récupères cette grâce. Et plus que ça : tu retrouves pourquoi tu as choisi de faire ça. Ce n'était pas pour travailler plus. C'était pour travailler sur ce qui compte.
Les meilleures idées, je ne les ai pas quand je suis sur l'ordinateur. Je les ai quand je suis en pause. Quand je marche. Quand je suis avec des amis. Quand je regarde quelque chose qui n'a rien à voir avec mon boulot, ou pendant les siestes. Et puis je reviens, et le truc que j'essayais de résoudre depuis deux jours, soudain c'est évident.
Ma productivité a monté quand j'ai réduit le temps de travail strict. Pas de 10%. D'avantage.
Donc ouais. La cafetière était plus importante que le code. Et si tu glisses sur tes dimanches sans les voir, si tu travailles Noël parce que "c'est un jour comme les autres", tu fais exactement l'inverse de ce que tu cherchais quand tu t'es lancé.
Ce weekend avec des amis l'a prouvé. Un vrai break, rien à faire avec le travail. Et lundi, clairement plus utile que 10h d'écran le dimanche.
PS : Mesurer votre temps de travail peut être un objectif du type "pas plus de X heures par jour".