Freelance sans collègues : j’ai choisi la troisième voie

Il y a quelques mois, je quittais un poste salarié pour me lancer à mon compte. Le projet : The Interstice, une activité freelance de développement web. La structure envisagée : une micro-entreprise, simple à créer, rapide à mettre en place.

Comme beaucoup, j'ai commencé par chercher de l'aide. La BGE (le réseau national d'accompagnement à la création d'entreprise) propose des formations et un suivi individualisé pour les porteurs de projet. J'ai suivi leur parcours depuis Dijon, et c'était précieux : structurer son business plan, comprendre les obligations fiscales et sociales, confronter son projet au regard extérieur d'un conseiller. Un grand merci à toute l'équipe pour cet accompagnement. Et merci aussi aux autres participants de la formation, ces camarades avec qui on passe quelques semaines intenses à apprendre à se lancer, à challenger son projet. Vous vous reconnaîtrez, membres du groupe "les entrepreneur de demain" (la faute d'accord c'est cadeau, on est pas des IA).

Mais la formation s'arrête. Et là, quelque chose d'inattendu m'a frappé.


Ce qui manquait, et qu'on n'anticipe pas

Depuis que j'avais décidé de changer de voie professionnelle, je n'avais plus vraiment de collègues. Pas de chat d'équipe qui sonne le matin. Pas de notification qui dit "untel a posté dans #général". Pas de petite blague en passant dans le couloir.

Ce n'est pas anodin. Ces micro-événements structurent une journée de travail. Ils créent un sentiment d'appartenance, ils rappellent qu'on fait partie de quelque chose de plus grand qu'un écran et un bureau. Pendant la formation BGE, on retrouve un peu ça : une promo, des échanges, une dynamique de groupe. Mais ce n'est pas pareil : ces personnes lancent leurs projets, pas le même. Et surtout, ça s'arrête.

Le freelance classique, c'est souvent ça : beaucoup de liberté, et pas mal de solitude. On peut s'y préparer intellectuellement, mais dans la pratique, ça peut peser.


La troisième voie : le CAPE en CAE

En creusant des alternatives à la micro-entreprise, je suis tombé sur un dispositif que je ne connaissais pas : le CAPE (Contrat d'Appui au Projet d'Entreprise) et les CAE (Coopératives d'Activités et d'Emploi).

Le principe est simple. Une CAE est une coopérative qui héberge des entrepreneurs en cours de lancement. Pendant la durée du CAPE (jusqu'à 3 ans, renouvelable deux fois), vous testez votre activité sans avoir à créer de structure juridique immédiatement. Pas de SIRET personnel à gérer, pas de démarches d'immatriculation. C'est la coopérative qui est l'entité légale, qui émet les factures, qui gère les cotisations sociales. Vous, vous vous concentrez sur votre activité, vos clients, votre développement.

Ce n'est pas de l'auto-entrepreneuriat assisté. C'est un vrai statut intermédiaire : vous êtes entrepreneur, vous gérez vos missions en totale autonomie, mais vous bénéficiez du cadre d'une structure collective, d'un accompagnement continu, et d'une communauté.

C'est ce dernier point qui a emporté la décision.


Astrolabe : une CAE dédiée au numérique

J'ai rejoint Astrolabe, une CAE basée à Rennes et spécialisée dans les métiers du numérique. Développeurs, designers, consultants en transformation digitale, formateurs, les profils sont variés mais la culture est commune : économie sociale et solidaire, autonomie, entraide. Avec une vraie orientation logiciel libre, ce qui fait un dépaysement bienvenu pour quelqu'un qui venait d'environnements Delphi/Embarcadero et Microsoft (courage aux anciens collègues qui liront ça).

Aujourd'hui, c'est mon premier jour officiel dans l'aventure. Je suis à distance (Astrolabe est bretonne, moi je suis à Dijon) et c'est une première pour moi : le full remote non pas comme contrainte subie, mais comme mode de fonctionnement choisi. Dans une dizaine de jours, une grande partie des membres se retrouvera à Rennes pour l'assemblée générale annuelle. J'y serai. Première rencontre physique avec les autres coopérateurs, premier AG, premier ancrage réel dans le collectif.

Et en attendant ? Ce matin, j'ai reçu une notification. Un message dans le chat d'équipe.

Ça paraît anodin. Ça m'a fait vraiment plaisir. Le genre de dérangement bienvenu, aussi appréciable que le chat qui se glisse dans une visio au mauvais moment. Ça m'avait manqué. Et ça rehumanise un peu le quotidien.


Ce que ça change, concrètement

Rejoindre une CAE via un CAPE, c'est choisir un modèle qui réconcilie deux besoins en apparence contradictoires : l'indépendance et l'appartenance.

Avec The Interstice, je reste freelance. Je choisis mes clients, mon rythme. Mais je ne suis plus seul. Il y a des collègues, des vrais, avec qui on partage des réunions, des galères administratives, des outils communs. Il y a une structure qui absorbe une partie de la charge qui pèse sur un micro-entrepreneur isolé. Et derrière tout ça, un réseau humain qui existait avant moi et qui existera après.

Pour quelqu'un qui change de voie et lance une activité depuis zéro, c'est un point d'appui concret pour démarrer sans porter la charge seul. Ce n'est pas la solution pour tout le monde : ça demande d'adhérer à une logique coopérative, d'accepter de faire partie d'un collectif. Mais si ce que vous redoutez dans le freelance, c'est l'isolement, ça vaut la peine de creuser.

Si vous cherchez une CAE près de chez vous ou que vous voulez en savoir plus sur ce type de structure, le site les-cae.coop recense toutes les coopératives par région.


Merci

Cet article est aussi l'occasion de dire merci.

Merci à la BGE pour leur accompagnement : sans eux, j'aurais probablement foncé vers la micro-entreprise sans vraiment comprendre ce que je faisais ni les alternatives qui existaient. Merci aux camarades de promo, qui rappellent que "se lancer seul" ne veut pas forcément dire "sans personne à côté".

Et un grand merci à Astrolabe pour l'accueil dans l'aventure. L'histoire commence aujourd'hui.


The Interstice, développement web freelance.